300 éoliennes flottantes en Méditerranée, les 12 premières seront au large de Gruissan

access_time Publié le 27/03/2025.

Première dalle d’un projet étatique de grande ampleur pour le développement de l’éolien flottant en Méditerranée, un parc va éclore au large de Gruissan et d’Agde. Il sera capable de répondre à la consommation de 500 000 habitants.

Nom de code : AO6. Un projet d’envergure. Celui d’un parc d’éoliennes flottantes qui occupera 50 km2, en pleine mer, à une trentaine de kilomètres au large de Gruissan, de Valras et d’Agde. 12 éoliennes (envisagées aujourd’hui) produiront 250 mégawatts (MW), soit la consommation de 500 000 personnes, un tiers des habitants de l’Aude et de l’Hérault. Un prix d’achat de l’électricité à 92,70€/MWh pour une mise en service annoncée en 2031. Le raccordement au réseau électrique terrestre se fera au poste de Livière au nord de Narbonne.

« Bénéficier de vents plus forts et plus réguliers »

Telles sont les grandes lignes du projet présenté lors d’une réunion publique à Narbonne, mercredi 26 mars. En propos liminaires, Rémi Recio, sous-préfet, a rappelé la volonté de l’État et « ce choix volontariste d’accélérer la mise en oeuvre des parcs éoliens en mer avec une boussole à 45 GW d’ici 2050 dont 6 GW en Méditerranée ». Dans ses pas, Frédéric Autric, directeur du projet Éoliennes flottantes Occitanie pour la Dreal a vanté la technologie retenue : « En Méditerranée, on va réaliser des parcs d’éoliennes dites flottantes. Comme leur nom l’indique, elles sont posées sur un flotteur lui-même ancré aux fonds marins. On va ainsi pouvoir implanter les parcs plus loin, donc bénéficier de vents plus forts et plus réguliers et atténuer les conflits d’usage et réduire l’effet sur le paysage, vu depuis le littoral. »

« On n’est qu’au début de l’aventure »

La parole est ensuite revenue à Jean-Mathieu Kolb et Thomas Bordon, directeurs du projet chez Ocean Winds (OW). Projet désormais rebaptisé « Eoliennes flottantes d’Occitanie ». C’est donc OW qui a décroché l’appel d’offres, attribué fin 2024 après un débat public de 2020 à 2022, suivi de deux années de mise en concurrence. OW est détenu à 50% par Engie et 50% par EDPR (l’équivalent d’EDF au Portugal). La société emploie 600 personnes et développe trois projets en France.

« Nous avons été lauréats d’un appel d’offres qui fixe un cadre. Mais il est important de comprendre que nous avons beaucoup d’années devant nous avant que celui-ci se concrétise et soit installé en mer, prévient d’emblée Jean-Mathieu Kolb. On n’est qu’au début de l’aventure. Notre prochain objectif est de déposer nos demandes administratives à l’automne 2026. En parallèle de cela, nous poursuivrons nos études d’ingénierie, de conception. C’est seulement vers l’horizon 2028-2029 qu’on finalisera les choix techniques et industriels. » Une souplesse rendue possible par le type de permis accordé qui ne fixe pas de paramètres précis, mais des fourchettes dans lesquelles doivent naviguer les lauréats. Ce qui permet aussi de faire évoluer, en fonction des avancées technologiques, de tels projets inscrits sur un temps long.

Une trentaine d’éoliennes flottantes dans le monde

OW a posé son premier prototype d’éolienne flottante en 2011 au large du Portugal et en exploite depuis 2020. Ce qui permet à Jean-Mathieu Kolb de se montrer rassurant : « Ça nous donne un retour d’expérience continu. Chaque jour, on récolte de la data. Pour vous donner un exemple de la viabilité technique en conditions réelles, il y a quelques mois la tempête Ciaràn a confronté les éoliennes à des vagues de 20 mètres de hauteur significative et des rafales de vents de 140 km/h. Elles ont survécu. » Des garanties apportées nécessaires, l’éolien flottant étant une technologie récente et encore peu déployée. À titre d’exemple, seules une trentaine d’éoliennes flottantes sont recensées dans le monde contre 7 500 éoliennes sur fonds marins rien qu’en Europe.

OW n’en est pas tout à fait à son coup d’essai et porte d’ailleurs en parallèle un projet pilote (nommé EFGL) de trois éoliennes au large de Leucate et du Barcarès : « Le premier flotteur arrivera début mai à Port-la-Nouvelle, les éléments des éoliennes y sont déjà stockés et seront installés sur ces flotteurs. Le tout sera amené au large dans le courant de l’été. » Un port audois dont les infrastructures seront activement sollicitées par ces différents projets. Même si les installations portuaires de Marseille et de Sète sont également candidates à l’assemblage des éoliennes.

Le parc (en orange) sera situé à 25 km d’Agde, 32 km de Narbonne-Plage. Un second parc (en bleu) sera développé dans la foulée. ©Eoliennes en mer

À 32 km de Narbonne-Plage, 25 km du Cap-d’Agde

Sur le parc « Eoliennes flottantes d’Occitanie », les flotteurs seront positionnés en moyenne à 92 mètres au-dessus des fonds marins à environ 30 km du littoral. Si, de par sa position géographique particulière, le Cap-d’Agde sera le plus près (25 km), c’est à Narbonne-Plage qu’une station « d’atterrage » sera installée. Précisément à la plage du créneau naturel. Elle accueillera les câbles venus de l’unique poste électrique en mer. Ce dernier, haut de 55 mètres, agrègera l’électricité produite par les 12 éoliennes en 66 000 volts. « Le poste élèvera l’électricité à 225 000 volts afin de la transporter sur de longues distances avec moins de câbles. RTE assurera l’acheminement avec trois liaisons sous-marines. Une fois arrivées sur la côte, elles « jonctionneront » avec des câbles souterrains », a expliqué Yannick Bocquenet de RTE, maître d’ouvrage de la partie raccordement. Les liaisons souterraines contourneront le massif de la Clape et l’étang de Gruissan pour se connecter au réseau classique RTE au poste de Livière, au nord de Narbonne.

La station d’atterrage sera positionnée sur la plage du créneau naturel à Narbonne-Plage. Le poste en mer sera commun à deux parcs. ©Eoliennes en mer

Un chantier d’envergure qui a suscité quelques questions du public. Essentiellement autour de l’esthétisme, de l’impact visuel sur le paysage ou de la sécurité en cas de bateau à la dérive. Il faut dire que ce projet sera doublé dans la foulée par sa réplique qui le jouxtera : un appel d’offres (A09, qui s’achèvera fin 2025) est actuellement en cours pour un parc de 96 km2 qui fournira 500 MW et utilisera le même poste électrique en mer. OW fait partie des douze candidats.

À terme, 300 éoliennes pourraient s’implanter en Méditerranée. De quoi répondre à la consommation de 11 millions d’habitants et à la feuille de route étatique : « Faire de la France l’un des premiers grands pays industriels à sortir des énergies fossiles. L’électricité provenant de l’éolien en mer représentera 20 % de la production électrique en 2050 », a annoncé Frédéric Autric, de la Dreal.

Arnaud Gauthier

Photo : les éoliennes pourront mesurer jusqu’à 300 mètres de haut. ©OW

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